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  L E  P A S S E  
 

 L’EQUIPE DU FLN

A l’instar des élèves et étudiants qui avaient  déserté les rangs des collèges, lycées et universités à la suite de l’appel à la grève des cours lancé en Mai 1956 par l’UGEMA (Union Générale des Etudiants Musulmans Algériens), les footballeurs algériens jouant en France  vont, à leur tour, et de manière spectaculaire, quitter leurs clubs en vue de manifester leur solidarité agissante avec le combat mené par le peuple et le FLN-ALN.


L’opération, préparée de longue date, débutera le 14 Avril 1958 avec le départ, dans un premier temps, d’un groupe de 10 joueurs. Via l’Italie, la Suisse ou l’Allemagne, ils réussiront à se rendre sans encombre à Tunis. Seul Mohammed MAOUCHE (Stade de Reims), va se faire arrêter à un poste frontière. Ce dernier avait, tout comme Rachid MEKHLOUFI, déserté les rangs de l’armée française au sein de laquelle il était en train d’effectuer son service militaire.


Moins d’un mois après leur arrivée en Tunisie, sera organisé le premier tournoi des nations maghrebines de football. Il s’achèvera par la victoire finale de la sélection algérienne qui a battu (6-1) la Tunisie en ½ finale puis le Maroc (3-1) en finale. D’autres joueurs professionnels viendront bientôt rejoindre leurs camarades « pionniers » pour former désormais un groupe de plus de 25 éléments. Tous sous la coupe et la direction bonhommes de Mohammed BOUMEZRAG, le chef d’orchestre de cette opération qui a fait date dans les annales du football mondial.


Dans un livre intitulé « La Glorieuse Equipe du FLN », publié au milieu des années 1980, Rabah Saadallah et Djamal Benfarés ont consacré 300 pages à cette épopée. Le cinquantième anniversaire de cet événement fournira l’occasion à deux journalistes de publier des  ouvrages en 2008. Michel Nait Challal : « Les dribbleurs de l’indépendance » et Kader Abderrahim : « L’indépendance comme seul but ».


Les différents auteurs fournissent des détails concernant l’origine de cette action à caractère éminemment politique. En fait, 51 ans plus tard, R. MEKHLOUFI reste perplexe et s’interroge quant aux véritables initiateurs. S’il déclare qu’il a été contacté par ARRIBI et KERMALI, il rappelle qu’à leur arrivée à Tunis les 10 joueurs n’étaient attendus par aucun responsable politique. Et ceux qu’ils ont pu rencontrer ensuite (notamment ceux de la Base de l’Est), se déclaraient « non informés ».Pour cela,  MEKHLOUFI  souhaite voir les historiens se pencher sur cette  question afin d’essayer de trouver des clefs explicatives…

 

Revenue à elle après ce K.O, la Fédération française de football va réagir et saisir la FIFA pour lui demander d’interdire, aux fédérations et clubs qui lui sont affiliés, de disputer des matches contre une équipe constituée de joueurs professionnels en rupture unilatérale de contrat. Toutefois le football est ce qu’il est : une passion planétaire et l’astre de l’Algérie, en lutte pour son indépendance, était très haut dans le ciel. Cette équipe dont les qualités techniques plus qu’évidentes s’étalaient au grand jour, va conquérir les esprits et les cœurs là où elle se rendra. Exception faite de l’Egypte, les pays arabes, et à leur tête Libye, Maroc et Tunisie n’ont eu cure des interdits de la FIFA. Bizarrement, la Confédération Africaine de Football (CAF) a suivi la FIFA dans ses menaces de sanctions.
Les autres pays amis, eux, se montraient solidaires et « déguisaient » leur sélection sous le vocable de sélection corporative ou syndicale ou bien changeaient simplement le nom de leurs internationaux sur les feuilles de match et les communiqués de presse. C’était le cas des pays socialistes de l’Europe de l’Est et d’Extrême Orient.


Cette opération « Equipe du FLN » née sans doute d’une idée ayant germé dans l’esprit de Mohammed BOUMEZRAG ou  Mokhtar ARRIBI aura un retentissement international considérable et  fit, pour la cause du combat de l’Algérie pour l’indépendance, plus que certaines résolutions de l’ONU…Tant il est vrai que si les gouvernements et une frange réduite de la population savaient, la multitude, qui peuple les stades du monde visités, était sans doute peu ou pas informée au sujet de la guerre de libération menée par le FLN/ALN en Algérie. Et en voyant ces vrais artistes du ballon réussir des performances de haut niveau, elle en apprit plus qu’en lisant les gazettes du pays.


Et c’est ainsi que d’Avril 1958 à Décembre 1961 ( soit  44 mois ), cette équipe va disputer 91 matches, visiter 13 pays (certains plus d’une fois) et aller jusqu’en Chine et au Nord Vietnam. Ces précisions sont reprises du livre  déjà cité de Rabah Saadallah. Pour sa part, Mr Naït Chaalal, retient, lui, le nombre de 83 matches .Un véritable marathon, ces rencontres, ces périples, lorsque l’on sait qu’il faudra 12 ans à l’équipe nationale de l’Algérie indépendante pour atteindre les 90 matches. Sachant que les joueurs devaient voyager, bénéficier de périodes de repos et que lors des tournées dans un pays, les matches se suivaient à un rythme très soutenu (parfois tous les 2 à 3 jours) cela apparaît comme une mission hors du commun. Bien que l’on doive garder présent à l’esprit qu’après avoir atteint un effectif de plus de 25 éléments, il fut souvent fait appel aux remplaçants, lors des rencontres jugées moins importantes,  afin de faire « tourner » l’effectif...

 

Je  me permettrai, avant de clore ce chapitre, d’ajouter ceci. Quand au début des années 1990, la célèbre maison d’édition GUINNESS publia une encyclopédie du football mondial, l’auteur, Guy Oliver, un anglais, n’avait pas manqué de faire ressortir différents exemples d’intrusion de la politique dans le monde du football. Dans les paragraphes consacrés à l’Afrique, il semblait avoir une dent contre la Libye « signalée » deux fois. Il avait ainsi pris comme second exemple le forfait, à Tripoli même, de la Libye face à l'Algérie, quelques heures avant le coup d’envoi, d'un match qualificatif pour la Coupe du Monde 1990 et ce, disait-il, en raison de la solidarité et du soutien manifestés par l’Algérie à la Libye agressée par les attaques de l’aviation des Etats Unis d’Amérique en 1986.


J’ai pris ma plume pour attirer l’attention de l’auteur, que cette péripétie qu’il montait ainsi en épingle n’était que baliverne comparée à l’évènement majeur et unique en son genre que représentait le départ, en 1958, de 25 joueurs professionnels algériens, jouant dans des clubs français, au nombre desquels trois avaient fait partie de la sélection française (BENTIFOUR , MEKHLOUFI  et ZITOUNI ).  Mon correspondant tomba des nues : il avoua n’avoir jamais entendu parler d’une telle affaire. Il me remercia et promit de remédier à cette  lacune lors de la réédition de l’ouvrage pour mentionner la « saga » de l’équipe du FLN.  L’intéressé a tenu parole en 1995, avec  toutefois une grossière erreur, car il indiqua que ses tournées l’avaient conduite en Afrique !! Ce qu’elle n’a jamais fait, pays maghrebins exceptés, pour la simple raison que dans leur écrasante majorité les pays africains n’étaient pas encore indépendants…La parenthèse est refermée.


Une fois l’Algérie indépendante, une dizaine environ de ces joueurs, ira retrouver le football professionnel, presque tous dans leur ancien club. Rachid MEKHLOUFI, lui, un des plus jeunes du groupe, fera un crochet par le Servette de Genève, dirigé alors par Jean SNELLA, son ex-entraîneur de Saint  Etienne. Et c’est ensemble qu’ils regagneront  l’année suivante, les rangs de l’AS St Etienne, avec laquelle le stratège algérien va se distinguer, asseoir sa réputation, arborer le brassard de capitaine et remporter des titres et trophées à la fois collectifs et personnels. Je prendrai ici la liberté de citer MEKHLOUFI  racontant, 44 ans plus tard, son retour à St Etienne, suite à une question, que lui posait la journaliste de la chaîne 3 de la radio algérienne, pour savoir s’il avait été bien accueilli :
« Je m’en souviens très bien ; c’était au mois de décembre. St Etienne jouait alors en  seconde division ; mais exceptionnellement, ce jour-là, il y avait 15 000  spectateurs venus voir MEKHLOUFI…Quand ils ont vu mes qualités, mes prestations, mes performances, je devins le Roi de St Etienne. »


En hommage à cette équipe de l’Algérie combattante, une stèle a été érigée en plein centre de la ville d’Alger et depuis l’année 2008 une Fondation spéciale a aussi été créée.

 
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