CSS Menu Css3Menu.com

 
  L E   P A R C O U R S  
 

                          L A   N O U V E L L E   A V E N T U R E  M O N D I A L I S T E

La saison  future 1984-85 s’ouvrira dans la confusion. Personne ne sait si Khalef reste ou part. Sous sa direction, l’équipe nationale se rendra néanmoins en RDA pour se faire sévèrement battre (2-5) avant d’être à nouveau défaite (0-1) à Alger par le club brésilien Gremio de Porto Alegre. La crise qui couve connaîtra son dénouement fin Novembre avec la nomination de Rabah Saadane à la tête de la sélection. Cette dernière est appelée 1 mois plus tard à prendre part au Tournoi de l’Amitié à Abidjan. Saadane qui veut faire peau neuve ne convoque aucun des pros, pourtant libres, à l’occasion de la trêve hivernale en Europe.


C’est donc un ensemble très remanié, privé aussi de Belloumi et Merzekane blessés, qui est réuni. La sélection perdra (1-2) face au Ghana, battra la Tunisie (3-1) et pour son 200° match international réussira le nul (1-1) contre les locaux ivoiriens. Le bilan n’est pas négatif si l’on considère qu’il s’agissait là de la première « sortie »  de Saadane , de la première sélection de joueurs comme  Nasser BADACHE , BELACHIA et aussi des juniors doués et prometteurs ayant pour nom Tahar CHERIF EL OUAZZANI et Hakim MEDDANE . Ces deux derniers détiennent encore à ce jour le record des plus jeunes internationaux ayant évolué en sélection  A. Le record appartenant toujours à Cherif El Ouazzani  ( 18 ans, 2 mois et 23 jours ) qui bat son camarade  Meddane de 32 jours !
La sélection connaît désormais ses adversaires pour les compétitions officielles : Mauritanie pour la CAN et Angola pour la CDM. En février 1985,  l’équipe nationale rencontre coup sur coup la Juventus de Turin battue (3-2) et les Brésiliens du club Fluminense (0-0). Le premier de ces matches draina la grande foule au stade du 5 Juillet à Alger, fut de très grande qualité et disputé dans un très bon état d’esprit. Le fameux club italien était certes privé de ses internationaux italiens, mais bien emmené par  Platini et  Boniek, il baissera néanmoins pavillon devant une équipe algérienne transcendante à l’image du duo Belloumi – Maroc.


Pour la qualification  (4-0 et 1-1) face à la Mauritanie il faut surtout retenir les éléments naturels : pluie diluvienne à Alger et vent de sable à Nouakchott. Entre les deux rencontres la RDA est enfin tenue (1-1) en échec à Batna avec une formation baptisée B par Saadane alors qu’elle compte dans ses rangs au moins 7 joueurs titulaires et sociétaires habituels de l’équipe A. Contre l’Angola ( et pendant plusieurs mois encore) la sélection sera privée des services de Lakhdar Belloumi, blessé à Tripoli (Libye) lors d’un match de Coupe d’Afrique des clubs champions, disputé avec son club de Mascara. En dehors de ce fait, aucun bouleversement, ni nouveauté ne sont à noter pour le match aller (0-0) à Luanda, si ce n’est le retour  intéressant de Salah Assad, absent depuis Janvier 1984 et qui aura  ainsi raté au moins 15 capes.


Chacun s’estime satisfait du nul récolté chez l’adversaire : « seul le résultat compte » ! Lors du match retour à Alger, le score est de 2-0 à la mi-temps puis 3-0 après la reprise grâce à des buts signés  F. Mansouri, Menad et Bouiche Nacer. Tout le monde est content, les joueurs en premier lieu, qui relâchent leur action et  s’amusent pour flatter le public…Conséquence : les Angolais reviendront à la marque en inscrivant deux buts mérités Un 3° but angolais aurait ruiné les espoirs de qualification. Ce qui finalement n’advint point.


Le dimanche suivant on apprend que la Cameroun, mundialiste africain en 1982, avait été éliminé par la Zambie et que l’Egypte était difficilement venue à bout de Madagascar après une séance de tirs au but. Contre de prétendus petits, les ténors n’en menaient pas large. Et pour « corser la sauce », le tirage au sort nous offrira la Zambie au tour suivant. Cet adversaire sera accueilli au mois de Juillet  par une équipe algérienne qui enregistre le retour d’ Abdallah  Medjadi, trois ans après son exclusion de Farges…et dans laquelle  Nasreddine  Drid semble en passe de supplanter Cerbah dans les buts. Les visiteurs zambiens vont bien se défendre avant de perdre (2-0). Mais il y eut beaucoup de sueurs froides avant l’obtention du second but par Madjer à la 84° minute.


Le match retour était pris au sérieux par le staff technique algérien qui organisera un stage au Kenya où l’Algérie était d’ailleurs appelée à disputer, un mois plus tard, une rencontre comptant  pour la CAN. Pour affronter les K.K. Eleven  (les onze de Kenneth Kaunda), on dut se passer des services des défenseurs Medjadi et Kourichi. Mais la défense réussira à tenir la dragée haute à l’adversaire, de plus complètement médusé par quelques sauvetages aussi spectaculaires que miraculeux réalisés par Drid. Et ce qui pouvait arriver arriva. A un quart d’heure de la fin du match, sur un contre presqu’anodin, Bensaoula ouvre le score en faveur de l’Algérie et rendait par là-même surhumaine la tâche des Oranges et Noirs, dont les rushes incessants mais désordonnés vont s’avérer infructueux sous les yeux désabusés du Président  K.Kaunda. La Zambie, bourreau du Cameroun ne put remonter son handicap et l’Algérie se retrouvait à deux marches et deux matches du bonheur !


Le bonheur c’était bien entendu atteindre la phase finale de la Coupe du Monde au Mexique en Juin 1986. Pour en arriver là il fallait devoir obligatoirement franchir un obstacle maghrebin, puisque ce sont la Libye, le Maroc et la Tunisie qui demeuraient en lice. L’adversaire le plus difficile paraissait être le Maroc.  Le moins ardu, sur le papier, c’était la Jamahiriya libyenne. Mais cette dernière n’était pas en odeur de sainteté en raison de la blessure infligée à Belloumi. Ce ne fut finalement ni l’un ni l’autre, mais la Tunisie que le tirage au sort désignera, avec la seconde manche à Alger.

Avant de se rendre en Tunisie, notre sélection va se qualifier pour la phase finale de la CAN 1986 en se défaisant du Kenya (0-0) à Nairobi et (3-0) à Alger avec à l'occasion, le 300° but de l'équipe nationale grâce à Fawzi BENKHALIDI.


Pour ces retrouvailles officielles algéro-tunisiennes, la sélection algérienne,  qui récupérait l’enfant prodigue Belloumi, allait, sur le stade d’El Menzah, réaliser le match presque parfait. En effet, malgré le handicap du terrain adverse et celui d’un joli but encaissé dès la 10° minute, les coéquipiers de Guendouz allaient reprendre l’avantage et ceci sans aucun accroc, grâce à deux buts avant la mi-temps signés Madjer et Menad.

Le but de ce dernier fut un modèle du genre algérien, très voisin de ceux marqués un certain après-midi de Juin 1982 à Gijon. Qu’on en juge.

Sur la ligne des 16 mètres algériens, repoussant une offensive massive tunisienne, Noureddine Kourichi dégage très loin de la tête sur la …tête d’Assad qui se trouve dans son camp à environ une dizaine de mètres de la ligne médiane et qui dévie ainsi au centre vers Menad. Lequel Menad de volée alerte Madjer sur son aile. Celui-ci démarre, franchit la ligne médiane pour s’envoler en direction des buts adverses, dans une course d’au moins 40 à 45 mètres, poursuivi par 2 défenseurs tunisiens. Arrivé presqu’à l’angle de la surface de réparation adverse, il marque un temps d’arrêt puis glisse le ballon sur sa gauche pour servir sur un plateau Djamal Menad qui, sans réfléchir, et du plat du pied, bat le gardien tunisien.

Quatre joueurs, quatre passes pour franchir les trois quarts du terrain et marquer. Cela, disais-je, rappelait Gijon et Gijon semble-t-il appelait le Mexique !!!

Les joueurs tunisiens essayèrent sans cesse mais il semble que dans leur tête quelque chose leur disait que l’adversaire était plus fort. De fait,  Kaci Saïd et Menad allaient « saler  l’addition » en seconde mi-temps. Victoire 4-1 à Tunis ; cela remettait aussi en mémoire  le 5-1  de 1979 à Casablanca.

Le match retour constitua une formalité pour les Verts de nouveau vainqueurs (3-0) grâce à Madjer, Menad et Yahi et fournira l’occasion d’une belle célébration moins délirante toutefois que celle de 1981. Les fans étaient-ils déjà blasés ? Ou bien trouvaient-ils normal que leur équipe soit tout naturellement sur le « dessus du panier » ? Pourtant la sélection venait de réussir une « première » en Afrique, à savoir se qualifier deux fois de suite pour une phase finale de Coupe du Monde.

Dans l’ensemble le bilan de Rabah Saadane pour les qualifications à la CAN et la CDM est plus que satisfaisant : 10 matches, 7 victoires, 3 nuls…et donc 0 défaite ! Et le goal average est éloquent : 21 buts marqués contre 3 encaissés !


Deux mois plus tard, l’Algérie est invitée au Mexique afin d’y disputer des matches d’acclimatation. Privée des joueurs professionnels, de Guendouz et aussi de Belloumi qui venait d’être à nouveau blessé, à la même jambe (cette fois-ci en Algérie), la formation algérienne, formée de « seconds violons »  fit du tourisme. Elle joua trois rencontres, toutes perdues, face au Mexique (0-2), à la Hongrie (1-3) et enfin la Corée du Sud (0-2). Cinq buts encaissés, un seul marqué contre trois équipes qualifiées pour le prochain Mundial. Cela laissait à désirer.

Lors du tirage au sort pour Mexico ’86, effectué à la fin de l’année 1985, l’Algérie hérita de l’Irlande du Nord, du Brésil et de l’Espagne, des adversaires respectables à rencontrer à Guadalajara…

 

                                                                                    LA CINQUIEME CAN DE L'ALGERIE

Encore deux mois plus tard et en vue de préparer la phase finale de la CAN qui doit se dérouler en Mars en Egypte, la sélection va se rendre en Arabie Séoudite et récolter deux nuls (0-0 et 1-1) avant de prendre le meilleur sur le Mozambique (4-1) à Alger. C’est là que Mehdi Cerbah, le plus capé des gardiens de buts algériens (63) mettra fin à une carrière de 11 années.

A Alexandrie le groupe de l’Algérie de cette CAN 1986, est le plus difficile avec le Maroc, la Zambie et le Cameroun, ces deux derniers, éliminés du Mundial, rêvent de revanche face aux deux mundialistes  Algérie et Maroc. Le pronostic était hasardeux. Comme toujours chacun y alla de son avis sur la présence ou non des professionnels. En d’autres termes sacrifier la CAN au profit de la Coupe du Monde encore lointaine…. Ce problème ne se posait plus pour Karim Maroc et Fawzi Mansouri dont le contrat avait été racheté par l’Algérie. Finalement Guendouz, Madjer et Bensaoula rejoindront leurs camarades, mais point de Kourichi, Medjadi, Benmabrouk et Assad.

Le premier match, face au Maroc se caractérisa par un attentisme désolant et se termina par un score nul et vierge. La seconde rencontre contre la Zambie aurait dû avoir plus d’attrait, puisque fournissant à la Zambie une possibilité de revanche. Il n’en fut rien, personne ne prendra de risques  et les débats furent tout aussi infructueux (0-0). Pour le troisième match, l’Algérie allait immanquablement jouer  gros et risquer beaucoup si elle voulait se qualifier, face  à un Cameroun plus détendu, qui avait déjà engrangé 3 points (victoire sur la Zambie et nul contre le Maroc).

Les Lions Indomptables allaient effectivement attendre et voir venir ! Après une première période stérile, Madjer allait marquer à l’heure de jeu. La réplique camerounaise survint quasiment sur le champ avec deux buts coup sur coup en l’espace de 2 minutes et un troisième 3 minutes plus tard. Le KO fulgurant ! Un second but de Karim Maroc ( 72’) ne modifiera en rien les choses. L’Algérie s’incline (2-3) et pour la première fois en 6 ans, elle sera absente des demi finales. Lesquelles opposeront l’Egypte au Maroc et le Cameroun à la Côte d’Ivoire avec ensuite la victoire égyptienne devant le Cameroun en finale grâce aux tirs au but.

Une page se tournait pour le capitaine Ali Fergani qui se retira après une belle carrière qui dura plus de 12 ans au cours de laquelle il compta 72 sélections et marqua 4 buts.

Le retour au pays est peu glorieux. L’orage gronde. Le conflit entre la Fédération et le Ministère, d’une  part, entre le staff technique et la Fédération d’autre part,  éclate au grand jour. Le poste de Vice Ministre des Sports est supprimé. Isaad Dhomar président de la Fédération, lui, l’ancien joueur international qui n’accepte pas les immixtions de la tutelle administrative dans les affaires du football, démissionne. Il est remplacé par M. Mekiréche qui, jusque là avait occupé des fonctions au sein de la Fédération algérienne de… basket-ball ! Rabah Saadane reste en place. Mais il ignore ce qui l’attend. Rien de bien nouveau en Algérie. Coup de théâtre, coup de force avant une compétition internationale majeure : 1982,1984, 1986 :   Bis repetita non placent !

 

                                                          
Comparée à celle de 1982, la préparation pour la campagne mexicaine brille par son indigence. Seulement trois tests face aux clubs de Fluminense, Porto et Beveren, avant d’aller à Genève se mesurer à la Suisse qui l’emportera (2-0) début Mai , en présence de tous les pros aux côtés de Belloumi qui entamait là son second retour après blessure et convalescence. En cette période précompétitive, les esprits étaient ailleurs, du côté du porte- monnaie, car les préoccupations se centraient autour du thème des primes à accorder aux joueurs lors du Mundial. Au courant de ce premier semestre 1986, les cours du baril du pétrole avaient sérieusement dégringolé.  Et le gouvernement se faisait tirer  l’oreille par une Fédération tout à fait désargentée. La valse-hésitation va se prolonger jusqu’à la veille du départ pour le Mexique quand des promesses furent enfin faites par un des plus hauts responsables politiques du pays. Mais semble-t-il, elles ne résisteront pas à la traversée de l’Atlantique ou à l’altitude mexicaine !!


Par ailleurs, Saadane, qui avait pour adjoint Mokdadi, s’était vu adjoindre deux autres assistants, les deux anciens internationaux Mustapha Dahleb et Abdelghani Djadaoui, appelés à la rescousse alors qu’ils avaient depuis longtemps perdu tout contact avec le football algérien. Mais ayant toujours adopté une attitude exemplaire à l’égard de l’équipe nationale, ils ne pouvaient décemment pas se soustraire à ce qui ressemblait à l’appel du devoir, ni refuser l’honneur qui leur était fait. Le choix de la délégation de dirigeants ne fut pas  non plus des plus heureux et il contribuera à vicier l’atmosphère déjà guère brillante…Sans oublier de mentionner les interventions  extérieures intempestives lors de ce séjour mexicain.

J’avais personnellement prévu de faire,comme en 1982, le voyage pour le Mexique. Malheureusement, au fur et à mesure que l’échéance approchait, il  apparaissait clairement que la lourde atmosphère n’augurait rien de bon. Je me suis donc contenté de préparer pour Rabah Saadane et de lui faire parvenir par un de mes anciens collaborateurs, une cassette vidéo  et des notes manuscrites assez détaillées sur l’un de nos adversaires que je connaissais le mieux, l’Irlande du Nord et de nombre de ses joueurs jouant quasiment tous dans le championnat d’Angleterre.

Et si nous parlions un peu de football ? Effectivement ! Le tirage au sort, avait donc réservé à notre sélection, Guadalajara, la  seconde ville du Mexique, dont l’altitude moyenne (1560m)  ne constituait pas un gros handicap. Le Maroc, second représentant africain hérita, lui, de la ville de Monterrey  et de 3 adversaires européens : Angleterre, Pologne et Portugal. La FIFA avait modifié le système de 1982 et décidé de retenir pour le second tour, en plus des deux premiers classés de chacun des 6 groupes (soit 12 équipes), les 4 meilleures des équipes classées  en troisième position. Pour se qualifier, l’Algérie était donc censée récolter au moins 3 points, ce qui ne paraissait pas être une tâche surhumaine. Théoriquement bien sûr !

Les Nord irlandais étaient toujours dirigés par le jovial et  rondelet Billy Bingham et ils avaient conservé dans leurs rangs 7 joueurs de ceux qui s’étaient si bien distingués en 1982. Parmi eux, un monument, le gardien de but Pat Jennings, qui fêtera contre l’Algérie sa 117° sélection (alors  record mondial) ainsi que ses 41 ans, 9 jours plus tard.  A l’autre bout, il y avait  l’attaquant Norman Whiteside, toujours titulaire, lui, du record de plus jeune joueur à avoir disputé une Coupe du Monde. Il fallait le noter ! Billy avait assisté au match disputé par l’Algérie à Genève contre la Suisse. Il avait, selon ses dires, remarqué la faiblesse de la défense algérienne sur les balles arrêtées !!

Dans le onze algérien entrant, il y a quelques surprises. Le remplacement du gardien de but Drid par El Hadi Larbi, l’absence de Belloumi et Menad, la titularisation de Benmabrouk et de Djamal Zidane. Le groupe qui avait étrillé la Tunisie avait été défait …. Que dire de ce match disputé à midi par une température élevée, devant en principe handicaper les Irlandais ? Il n’en fut rien car ils seront les premiers en action. Le rythme est toutefois très lent  et les nôtres tout de rouge vêtus, peu entreprenants. Après 5 minutes de jeu, l’Irlande marque sur un coup franc de  Norman Whiteside, dont le tir est dévié par un « mauvais mur » algérien. Dix minutes encore et voilà Medjadi qui sauve de la tête in extremis sur sa ligne de but. Les Algériens qui jouent sans avant centre ne se manifesteront qu’en 2 occasions aux 20° et 22° minutes. Le très beau centre de la gauche de Zidane va trouver la tête de Madjer, mais aussi celle de l’arrière Mal Donaghy. De ce télescopage spectaculaire, Donaghy se relève le front en sang alors que Madjer reste allongé au sol. Il sera soigné derrière les buts avant d’être évacué vers les vestiaires. On apprendra plus tard qu’au cours du choc, il avait avalé sa langue qui lui bloquait la respiration et c’est le Dr Radaoui qui le sauva de l’étouffement quasi certain. Rachid Harkouk remplace Madjer et le jeu se poursuit au milieu du terrain. Le repos va intervenir après deux corners obtenus sur des actions de Harkouk et Zidane.

Au retour des vestiaires, les Algériens paraissent un peu plus déterminés car ils vont mener les offensives les plus dangereuses par Kaci Saïd, Zidane  et Harkouk. Deux coups francs sont accordés. Sur le second, excellemment combiné, le tir rasant et précis de Zidane va aller se loger dans le coin des filets de Jennings qui s’étire en vain. Egalisation méritée. Kaci Saïd omniprésent poursuit son numéro. Stewart, seul,  face à Larbi ne peut conclure. Belloumi prend la place de Zidane. Maroc va enfin rappeler sa présence en conduisant une offensive solitaire qui lui fait gagner un corner et peu avant la fin, Belloumi tire dans les bras de Jennings.

Ce match par moments assez morne a de plus été assez frustrant parce que les Algériens, faute de meneur et de moral, n’ont pas été en mesure d’épingler à leur tableau de chasse un adversaire largement à leur portée. Il n’y eut pas suffisamment de concentration et d’application ; il n’y eut pas de finition, aucun éclair de génie, ni de classe. En dehors de Kaci Saïd, personne n’osa prendre d’initiative. Contre l’équipe la plus faible du groupe notre sélection marquait un point et… le pas !

Trois jours de repos avant de retrouver le fameux stade de Jalisco pour affronter le Brésil qui y joue pratiquement à domicile. C’est là que Pélé et Cie avaient jeté les bases de leur triomphe de 1970. Entre 1982, année du ratage en Espagne, et 1986, l’équipe carioca avait connu pas mal de perturbations et divers changements d’entraîneurs peu convaincants. Tele Santana accepta finalement de reprendre du service pour diriger la « seleçao ». De ses protégés de 1982, il reste encore du beau monde : Falcao, Junior, Socrates et Zico (légèrement blessé) qui ont pu s’imposer difficilement (2-1) contre l’Espagne lors du premier match.


Dès le coup d’envoi, la rencontre Algérie-Brésil nous séduit. Saadane a fait confiance aux techniciens pour affronter les artistes. Il remplace Kourichi par Megharia et il donne tout de suite leur chance à Belloumi et Menad. Chez les adversaires, Zico et Falcao ne sont pas présents, mais ce dernier va faire son entrée après 10 minutes de jeu. Le ton est donné dès la seconde minute par une belle combinaison entre Belloumi et Madjer. Le Brésil riposte par une percée de Socrates qui échoue devant Drid, redevenu titulaire. L’instant d’après, Kaci Saïd donne le signal d’une des plus belles actions collectives de ce match. Le ballon va voyager à une touche de balle ou déviation entre lui et Madjer puis Benmabrouk, Belloumi, Menad, encore Benmabrouk et finalement Assad qui malheureusement temporise et ne peut conclure. Superbe mouvement d’ensemble inachevé.

Les Brésiliens réagissent par un terrible coup franc de Junior sur lequel Drid se reprend à deux fois. Et pendant un moment les Jaunes et Bleus vont marquer un net ascendant au milieu du terrain et ainsi à trois reprises, tour à tour, Careca (2 fois) et Casagrande mettront en danger les buts algériens où Drid se démène avec bonheur. Il plonge dans les pieds de Casagrande, la balle va vers Socrates qui envoie en direction des buts vides et Megharia marque contre son camp. Le but est refusé pour faute de Casagrande sur Drid. Nous avions eu très chaud. Qu’importe, ce sont bientôt les Verts et Blancs qui menacent la cage brésilienne par deux tirs de Belloumi. Les échanges continuent d’être vifs, équilibrés   et agréables à suivre. Il en va ainsi jusqu’à la pause qui survient après un coup franc de Julio César renvoyé par la barre transversale.


Le bilan est loin d’être négatif pour les nôtres qui reviennent décidés sur le terrain. En effet, après 5 minutes et sur une remise en touche, Menad de la droite, sert Belloumi, pratiquement à terre et dont le tir de l’extérieur du pied est repoussé en catastrophe par le gardien Carlos. Il a manqué 50 centimètres à Belloumi. Une magnifique occasion venait de nous passer sous le nez. Juste après le quart d’heure de jeu de cette seconde période, Assad, au niveau de la ligne médiane, subtilise le ballon aux  brésiliens et transmet à Belloumi. Celui-ci avance tout en résistant à deux défenseurs puis démarque son compère Assad, seul à gauche à l’entrée des 16 mètres. Le gardien Carlos sort pour réduire l’angle mais il ne peut arrêter le tir, malheureusement trop mou de l’ailier algérien. Tir c’est beaucoup dire ! Il s’est agi en fait d’une pichenette, d’une chiquenaude…qu’un défenseur accouru à la rescousse dégagera facilement. Je me demande aujourd’hui d’ailleurs si la balle, si faiblement frappée, ne se serait pas arrêtée d’elle-même, freinée par le gazon, sans jamais entrer dans les buts adverses. Le public scande « Argelia ! Argelia ! »

Nouvelle occasion en or qui s’envole à cause du manque de rigueur dans la finition. C’est ensuite Madjer, seul, qui hésite, se « mélange les pinceaux » sans pouvoir conclure.En 1982, face à l'Allemagne, il avait ainsi "cafouillé" une belle occasion! L’action avait pour origine un superbe jaillissement de Megharia qui passa élégamment trois brésiliens. Assad  est  remplacé par Bensaoula et Casagrande par Muller qui jouera carrément à l’aile droite. Tout frais, il s’avère très remuant. Et c’est sur l’un de ses centres que Guendouz commet une « toile » monstre en ratant lamentablement la balle qui lui passe entre les pieds pour filer vers la gauche, le long de la ligne des 6 mètres. Medjadi et Drid, pourtant bien placés pour intervenir, comptent l’un sur l’autre. Ce dont profite l’opportuniste Careca qui s’intercale et marque en coin,  à la 66° minute.

Coup au moral ou coup de fatigue ? Ou bien les deux à la fois. Toujours est-il que désormais toutes les initiatives vont être brésiliennes, menées par un milieu infatigable formé  de Alemao,  Junior, Falcao et Elzo. Notre équipe est loin d’être écrasée, cependant elle n’arrive plus à coordonner ses actions, ni à aller au-delà d’un ou deux échanges. Le remplacement  d’Assad n’a rien donné ; on essaye donc Zidane à la place de Belloumi. Mais ce sont les Brésiliens, en excellente condition physique, qui menaceront constamment Drid jusqu’au coup de sifflet final, notamment par Junior et Careca donnant l’occasion à Megharia de jouer au sauveteur à deux reprises.

Les joueurs algériens qui n’avaient pourtant pas beaucoup couru contre l’Irlande du Nord, n’auront donc tenu que 70 minutes. Préparation physique insuffisante et efforts soutenus pendant près d’une heure pour montrer aux Brésiliens de quoi ils étaient capables, but idiot enfin ! La somme de tout cela laisse un goût de cendres. Un match très intéressant et  beaucoup de regrets, une fois de plus. Le dernier match, face à l’Espagne, allait être décisif pour savoir si les nôtres étaient en mesure de parvenir au second tour.


Six jours de repos étaient prévus avant de changer de cadre en vue d’aller vers le Nord,  la chaleur et  la ville de Monterrey à 600 mètres d’altitude. L’Espagne avait surmonté la désillusion de son Mondial raté de 1982. Sous la houlette du « sorcier » Miguel Munoz, elle était arrivée en finale du Championnat d’Europe des Nations en 1984. Six éléments étaient toujours là : Goycochea, Gallego, Camacho, Victor, Francisco et Senor, auxquels venaient s’ajouter deux jeunes prodiges madrilènes Michel et Butragueno, issus de l’équipe d’Espagne, championne d’Europe des moins de 23 ans
Contre cette équipe, qui compte 2 points après avoir battu l’Irlande du Nord, Saadane va apporter des modifications. Benmabrouk, Medjadi et Menad sautent de même que Assad blessé. Maroc et Kourichi reviennent mais Megharia reste. Ce qui fait que la défense algérienne va jouer avec un seul défenseur latéral de métier : Mansouri. En attaque Zidane est à  gauche et Harkouk est titularisé d’entrée au centre. Il fait une température de 35° à l’ombre et les nôtres affichent une mine plutôt sombre. Léger avantage des espagnols qui obtiennent 3 corners. Sur le dernier, le défenseur Goycochea envoie son coude dans les côtes du gardien Drid qui se fait soigner  pendant de longues minutes avant de reprendre sa place. Il n’y a toujours pas de patron, de meneur,  chez les Algériens qui flottent à droite comme à gauche.

Zidane s’entête à trop garder la balle, pour la perdre à tout coup. La troisième fois cela va permettre à Francisco d’alerter de loin l’avant centre Salinas qui, évitant Kourichi, centre en retrait sur Calderé qui marque facilement en coin. On joue depuis 16 minutes. Les Espagnols satisfaits soufflent un peu, mais les Verts et Blancs n’en profitent guère. Et alors que nos adversaires s’apprêtent à tirer un énième corner, Drid se plie de douleur. On tente de le soigner, en vain. Il est finalement évacué sur une civière. Andoni Goycochea, connu dans son pays comme « el verdugo » ( le bourreau ) de Bilbao, pour avoir grièvement blessé et Schuster et Maradona, venait de faire une nouvelle victime.

Aussitôt en place, Larbi, le remplaçant de Drid, va sauver ses buts sur une tête espagnole. Son alter ego Zubizarreta chôme jusqu’au moment où, sur une initiative de Kaci Saïd, Zidane va tirer deux fois à côté en l’espace d‘une minute. Le moment d’après, il va de nouveau céder à son péché mignon, à savoir, tripoter la balle. Mais cette fois il sait résister à deux défenseurs en les bousculant même avec autorité et leur échappe avant de centrer en retrait vers Belloumi dont l’intention d’effectuer une reprise de volée ne se concrétise pas .Encore deux essais de Zidane, un violent tir de Madjer détourné en corner et voici la mi-temps.

Eloy remplace Butragueno, puis c’est Belloumi qui se distingue par deux beaux gestes techniques : amorti suivi d’un petit pont. Nouveau tir de Belloumi,  contré par le dos d’un défenseur espagnol. Continuant sur leur lancée, les Verts obtiennent deux corners. Pour la 7° fois au cours de cette seconde mi-temps les Rouges et Bleus espagnols vont être pris au piège du hors jeu. Après un quart d’heure, Menad prend la place de Zidane.

Tout de suite après a lieu la plus belle offensive algérienne par l’intermédiaire de Kaci Saïd, Harkouk, Maroc et encore Harkouk, dont le coup de tête est miraculeusement détourné en corner par Zubizarreta. Au tour de Larbi de sortir loin de ses buts pour dégager du pied. Les défenseurs algériens  paraissent avoir déserté leur base arrière et ainsi Eloy, lancé par Senor, va partir à la limite du hors jeu. Arrivé face à Larbi, il glisse en retrait à Calderé qui marque facilement dans les buts vides. Trois minutes plus tard, sur une entrée en touche, Maroc renvoie le ballon dans les pieds de  Francisco qui adressera immédiatement un centre en direction de Salinas et Eloy démarqués. Ce dernier ne se fait pas faute d’inscrire le 3-0 pour son équipe. Les nôtres réclament, en vain,  un hors jeu que l’arbitre japonais Shizuo Takada ne sanctionne pas. Ils avaient pourtant raison. Les images de la télévision ne laissaient aucun doute sur la position irrégulière des deux attaquants espagnols.

Calderé manque de peu d’aggraver le score. Les joueurs algériens ne semblent ni abattus, ni concernés. Ils continuent sur le même rythme. Un, deux échanges puis ballon perdu sans essai au but. Ce sera notamment le cas de Madjer qui, sur trois occasions, ne tire qu’une seule fois. La rencontre se traîne. Beau coup franc brossé de Belloumi, dévié en corner. Salinas, seul devant Larbi envoie la balle dans les nuages. A la toute dernière minute, Harkouk tire un violent coup franc que Zubizarreta repousse en corner. L’avant centre algérien, blessé au genou, mais qui, à la manière de l’école britannique dont il était issu, avait tenu à  rester sur le terrain, ne rejouera malheureusement plus jamais en sélection. En 1982, on s’en souvient, une  blessure l’avait déjà privé de Mundial espagnol.

Ce match raté de Monterrey, encore un  me direz-vous, marquera également la retraite internationale de Fawzi Mansouri, Kourichi, Maroc, Djamal Zidane et enfin de Guendouz dont la riche carrière comptabilisait 76 sélections, 6 buts pendant les  9 années de présence.
Du côté espagnol il aura constitué le jour de gloire du barcelonais Ramon Calderé, auteur de deux buts et dont on n’entendra plus jamais parler après le Mundial mexicain !!! Et dire qu’après le match Espagne-Irlande du Nord, il a avait été reconnu coupable de dopage. Mais il ne sera pas suspendu, car il était traité pour une « turista » (ou diarrhée du voyageur). Il faut dire qu’il aura été bien soigné pour ensuite 5 jours plus tard pouvoir punir la sélection algérienne !!

En réalité un tel échec,  lors de cette seconde paticipation à une phase finale de Coupe du Monde, paraissait programmé, tant le chaos et le désordre furent, pendant plusieurs mois,  les maîtres-mots  qui régnèrent dans la famille du football algérien.

Et tout comme en 1982, les critiques furent suivies d’invectives, d’insultes, de déballages  à tel point que Rabah Saadane préfère ne pas beaucoup se faire voir. Même sa famille ne fut pas épargnée. Bien entendu il quittera son poste d’entraîneur national, dans la confusion générale, après avoir été accusé de tous les maux.

Une fois de plus, rien de nouveau donc, sous le généreux soleil estival algérien. Souvenez-vous. En 1982, Mahieddine  Khalef  -  malgré deux victoires, une place de premier ex-aequo de son groupe et une élimination extra sportive dirions-nous, provoquée par la collusion entre Allemands et Autrichiens – n’avait pas échappé aux pires  récriminations.

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Retour Suivant
 

 

 
Copyright © 2012 carfootal.dz! Tous droits réservés.